Boendael 1998

 

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Rémy Celis
Un peintre en marge

Chapelle de Boendael
du 3 au 22 février 1998

Voici quelques années déjà que Célis n'était plus apparu aux cimaises bruxelloises et les amateurs qui se souviennent de ses nombreuses expositions durant les annnées soixante-dix et quatre-vingt, retrouveront avec plaisir cet artiste qui n'a pas cessé d'approfondir sa vision et sa recherche, fût-ce dans le silence et l'éloignement par rapport aux turbulences de l'actualité.

Ce qui frappe d'emblée en abordant cette oeuvre, c'est la somme d'expériences engrangées, la multiplicité des thèmes et des chemins explorés en même temps que l'unité d'esprit qui relie ces toiles par ailleurs si diverses, unité qui à mon sens découle de l'intégrité de la démarche, d'une fidélité absolue au choc de la vision. La recherche demeure toujours exigeante et l'on devine à travers ces compositions rigoureuses un souci constant d'intégrer le pictural au littéraire.

Certains se souviendront de cette période placée sous le signe de la féminité et de ces jeux d'adolescentes imaginatives évoluant nues dans des grandes maisons vides. Elles possédaient le secret d'amalgamer la chair et l'esprit, l'ardeur et l'innocence, et quelques critiques n'ont pas hésité à y déceler une parenté avec Balthus.

Mais parallèlement, et comme en contrepoint, se perpétuait la série des baraques foraines, des masques burlesques et des travestis bariolés héritiers équivoques de la Comedia dell'arte, comme aussi, dans une nécessité de contraste et d'exercice de l'attention, la suite des natures mortes, très dépouillées, ou encore ces paysages urbains, souvent pris sur le vif, où se discerne comme un adieu recueilli aux ultimes vestiges du monde d'hier. Tout cela s'interpénétrant d'ailleurs en une trame complexe et indissociable.

Remarquons qu'un tableau-clef comme la Grande facétie carnavalesque -- thème plusieurs fois repris -- amorce la réintroduction de l'humain dans l'univers jusque-là fermé de l'artifice et des oripeaux, ces « Charmes du néant follement attifés » dont parlait Baudelaire. Ainsi cette jeune femme dénudée par dérision, entourée de travestis hilares, ouvre une autre dimension, à la fois tragique et érotique, là où l'esthétisme n'aboutissait qu'à une impasse.

On pouvait cependant s'interroger quant à la survie de cet art subtilement allusif et raffiné, si radicalement en marge des courants éphémères de la mode et si réfractaire à tout ce qui encombre aujourd'hui les grandes galeries « branchées » du marché de l'art. Il me semble que Celis réussit cette gageure et parvient en ses oeuvres les plus récentes à opérer cette évolution sans rien renier de sa production antérieure mais au contraire en épurant les potentialités qu'elle contenait déjà, tant sur le plan formel que thématique.

En effet, ces récentes scènes de métro, ces couloirs de ministères arides ou ces gares éclairées de néons blafards font écho à des toiles plus anciennes comme les Maisons en Sursis, Affiches rue Belliard ou Sens Interdit, qui datent des années 1969 et 1970. Le style, la couleur, la construction sont, on le voit bien, dans le prolongement de ces toiles-là, avec seulement un souci renforcé de synthèse et de sobriété. Mais l'apport tient sans doute à cette interpellation muette et insistante du vide ambiant, ce vide qui nous enserre et que renforce encore la solitude de ce dernier voyageur dans la Salle des Pas Perdus, ce visage entrevu, l'espace d'un instant - vision fugitive - entre deux rames de métro, ou cette lumière libératrice cette fois, de l'Appel du Large. On remarquera aussi l'Atelier au Crépuscule, sorte de méditation silencieuse et contemplative, d'arrêt du temps, qui semble à la fois clore une époque et en introduire une autre... Rien de pathétique cependant et nulle emphase. Rien qu'un regard lucide qui s'interroge et s'attarde à la fugacité des choses comme au secret de leur pérennité.

Finalement toute l'oeuvre m'apparaît comme un retour aux sources et une remontée à contre-courant, en dehors des classifications simplificatrices et réductrices, (« Je n'arrive à la classer sous aucun isme, heureusement », écrivait de lui Joseph Czapski en 1973).

Certes l'itinéraire est jalonné de ces ambivalences et de ces méandres qui peuvent déconcerter de prime-abord, quelque chose de tantôt sensuel jusqu'à l'hybris, de tantôt presque monacal. Pour ma part, loin d'y voir une contradiction, j'y discerne au contraire l'apport le plus personnel et constructif de cet artiste, quelque chose comme la réussite, enfin, de cette intégration du Yin, de l'Obscur, où la féminité s'est toujours trouvée refoulée, quelque chose comme l'union des contraires et qui semble l'illustration de la parole de Nietzsche: « Ce qui est accompli par amour se passe toujours par-delà le bien et le mal ». Néanmoins, on peut s'interroger sur la dernière orientation du peintre: volte-face ou dépassement? J'y vois plutôt une volonté d'épuration progressive, à la fois picturale et mentale, une ascèse du regard attentif à retrouver dans certains aspects du quotidien sa transcendance voilée, qui par le biais de l'éclairage pictural, nous restitue un sens en dépit de l'aridité ou de la dérision ambiantes.

On regrettera seulement que les contraintes de l'espace disponible ne permettent pas de donner une idée plus complète et plus représentative de cette oeuvre complexe et dense.

Véronique Lagrange

 

Aux aguets

Les oeuvres du peintre Rémy Célis méritent une attention particulière. Sa première exposition en 1970, à la galerie "L'Angle Aigu", révélait un artiste résolument figuratif qui n'éprouvait nul besoin de se camoufler en néo-quelque chose et qui, par le biais rassurant d'un quotidien bien observé et bien interprété, nous introduisait dans le monde d'un fantastique silencieux. Depuis lors Rémy Célis exposa en d'autres lieux. A chaque fois sa démarche prenait plus de profondeur et plus d'ambiguïté.

L'artiste est né à Bruxelles en 1931. Il a eu comme professeurs, au cours de sa formation académique, des maîtres comme Jean Ransy à Bruxelles et Jacques Maes à Saint-Josse-ten-Noode. Il a l'élégance de ne pas les passer sous silence, ce qui est plutôt rare en notre temps de muflerie généralisée. Il montre, à la Chapelle de Boondael, vingt-deux tableaux où l'on retrouve le souvenir de ses adolescentes nues, solitaires, oisives et rêveuses, qui passent furtives dans des couloirs déserts, s'embusquent dans un escalier, guettent Dieu sait quoi sur un palier mal éclairé ou fouillent en hâte dans une malle, en quête d'un secret à découvrir.

La jonction des oeuvres antérieures de l'artiste et de sa production récente se fait sans trop de peine et la "grande fantaisie carnavalesque" de 1978 y trouve sa place. Comme des vues de couloir de métro, les passages souterrains déserts, les locaux administratifs "hors des heures de service". Une atmosphère angoissante de vide et de solitude se répand en ces lieux, créant une sensation de transgression, de culpabilité, à quoi le métier du peintre apporte le soutien étrange d'une supériorité où l'esprit se trouve engagé. Et voilà, malgré les innocentes et austères natures mortes, les toits de banlieue sans histoire, que vient sous la plume le mot de "connivence" qui  nous fait comprendre que quelque chose se passe en quoi nous sommes impliqués.

Stéphane Rey

 

Les Parques (1977)

La Vestale (1988)

L'Heure Magique (1987)

L'Escalier Rouge (1976)

L'Enjeu (1981)

Jeux Interdits (1979)

Intérieur à la Poupée (1968)

La Romancière (1996)

Nature-Morte à la Nappe Blanche (1971)

Nature-Morte à la Bougie (1990)

Nature-Morte au Bol Blanc

Grande Facétie Carnavalesque (1978)

Pantomime Crépusculaire

Masques Gantois

L'Ondine Capturée (1979)

Baraque Foraine (1971)

Les Toits d'Ixelles (1967)

Vieilles Maisons à Bruxelles (1967)

Maisons en Sursis (1969)

Sens Interdit (1969)

Affiches Rue Belliard (1970)

Dernier Métro (1996)

Le Passage (1996)

Les Couloirs du Métro (1996)

Ombre Chinoise (1997)

Salle des Pas Perdus

Maison Close (1997)

L'Appel du Large (1997)

La Fin du Jour (1994)

A la Nuit Close (1995)

L'Atelier au Crépuscule (1996)

Nocturne au Mur Jaune (1995)

 


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